Maroc: Palabres pré-électoraux

ECLAIARGES relevait, dans un précédent article  »Seuil électoral de nos faiblesses », cette tendance ancrée chez les politiques et l’Etat à palabrer à l’approche de chaque élection. Cela concerne tout ce qui fait un scrutin: découpage cartographique des circonscriptions, seuil électoral, listes électorales… Comme si tout est à refaire dans le Maroc politique en éternel déséquilibre-rééquilibrage. Ce fut l’agenda de la réunion tenue ce mardi 9 mars entre les ministères de la Justice et de l’Intérieur avec les partis politiques en lisse pour les législatives du 7 octobre prochain.

Nous reprenons ici l’article publié ce jour par le Huffpost Maroc.

 | Par  | Mardi 8 mars – Les partis politiques représentés au Parlement, à l’exception notable du Rassemblement national des indépendants (RNI), se sont réunis au siège du ministère de l’intérieur afin de discuter de plusieurs points relatifs aux élections. L’ordre du jour de cette réunion portait sur les listes électorales, la participation des Marocains résidant à l’étranger (MRE) aux élections, le seuil électoral ainsi que les listes nationales des femmes et des jeunes.

Listes électorales: des révisions dans les délais légaux

Certaines formations, comme le Parti de la Justice et du développement (PJD), ont demandé la révision de certains articles du Code électoral qui permettent à l’autorité administrative chargée des listes électorales de procéder aux opérations de radiation des électeurs des listes électorales en dehors des délais légaux arrêtés pour la révision des listes.

« Nous estimons que les opérations d’inscription, de radiation et de transfert d’inscription doivent être faites durant les délais fixés pour la révision des listes électorales, pas au-delà », indique au HuffPost Maroc Souleiman Al Amrani, porte-parole du PJD. En filigrane, le parti de la lampe craint de possibles opérations de manipulation des listes électorales à la veille des élections, en vue de favoriser un ou plusieurs partis politiques.

MRE: le vote direct au lieu du vote par procuration

Concernant les MRE, des partis politiques ont bien pris note du fait que les MRE n’acceptent plus le vote par procuration, et souhaitent pouvoir voter directement. Ils ont donc demandé à ce que le gouvernement mette en place les moyens logistiques nécessaires pour leur permettre d’exercer leur droit de vote dans les ambassades et les consulats.

De plus, l’article 17 de la Constitution dispose clairement que « les Marocains résidant à l’étranger jouissent des droits de pleine citoyenneté, y compris le droit d’être électeurs et éligibles. Ils peuvent se porter candidats aux élections au niveau des listes et des circonscriptions électorales locales, régionales et nationales ». Le PJD, notamment, examine la possibilité d’accorder aux MRE des sièges sur les listes nationales. Un premier pas vers leur représentation parlementaire?

Si les deux premiers points de l’ordre du jour bénéficient d’un consensus – certes relatif – entre les partis politiques, les deux points d’achoppement sont les listes nationales et le seuil électoral.

Liste des jeunes: la majorité des partis se prononce pour leur maintien

Il est à attendre que les listes nationales des jeunes soient reconduites pour les élections du 7 octobre. Le camp des partis qui soutiennent la conservation des listes des jeunes, qui était constitué du Parti authenticité et modernité (PAM), du Mouvement populaire (MP), de l’Union constitutionnelle (UC), du Parti de l’Istiqlal (PI) et de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), intègre désormais même le PJD. Le parti de la lampe qui n’avait pas encore, il y a quelques jours, pris une position claire sur le sujet s’est prononcé pour le maintien desdites listes durant la réunion.

Cette approbation relativement tardive est due au fait que « le parti s’est rendu compte, après avoir étudié la question, que le bilan des parlementaires élus via les listes nationales est très positif’, selon Souleiman El Amrani.

Seuil électoral: le désaccord fait foi

Puis vient le seuil électoral, sujet le plus conflictuel du dialogue pré-électoral. L’Istiqlal et le PJD ont soutenu le maintien du seuil actuel, qui est de 6%, tandis que le PAM, l’USFP ainsi que d’autres partis politiques ont demandé son abaissement à 3%. Si le camp opposé à l’abaissement du seuil estime qu’il contribuera à une plus grande fragmentation de la scène politique, déjà parcellaire en l’état, le camp des « pour » avance qu’il permettra d’intégrer un plus grand nombre de partis politiques dans les institutions et, ainsi, renforcer leur représentativité.

Durant cette première rencontre, les partis politiques représentés au Parlement se sont contentés d’exposer leurs positions sur les questions prévues à l’ordre du jour. Il est également prévu qu’une rencontre similaire se tienne avec les partis non-représentés au Parlement.

Les réunions ultérieures seront dédiées à l’examen des autres points relatifs aux élections, dont le découpage électoral, puis, par la suite, à l’examen approfondi des propositions des partis. Enfin, il n’est pas exclu que des rencontres relatives aux élections se tiennent avec le chef du gouvernement, apprend-t-on d’une source proche de la primature.