La religion dans la politique américaine

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Pour un pays où le principe de séparation des religions et de l’Etat est entériné par le premier amendement de la Constitution, les Etats-Unis laissent une part surprenante à ce sujet dans la vie politique.

Historiquement, les pères fondateurs, imprégnés de la philosophie des Lumières, souhaitaient une vie politique totalement indépendante des croyances et assurant une liberté de culte à leurs ressortissants. A l’inverse de la France, où la laïcité a construit la république en opposition à la religion, les Etats-Unis ont pris cette décision pour ne pas frustrer les nombreux groupes minoritaires arrivés de ce côté de l’Atlantique pour fuir les persécutions religieuses. D’autre part, ce refus d’ingérence de l’Etat était aussi un moyen d’éviter la présence d’une Eglise dominante (en France, l’anticléricalisme semblait nécessaire pour contrer l’influence d’une Eglise catholique ultra-majoritaire).

Pourtant, dès l’Inauguration de George Washington le 30 avril 1789, celui-ci fit le choix de prêter serment sur la Bible bien que ce ne soit pas prévu par la Constitution américaine. Cette coutume fut ensuite répétée par la plupart des présidents américains, jusqu’à l’ajout de la formule « so help me God » à la fin du serment, à nouveau de façon officieuse. D’autre part, en 1956, la devise des Etats-Unis fut transformée en « In God we trust » en lieu et place de l’original « E pluribus unum », en réaction à l’athéisme soviétique, et raison pour laquelle on retrouve cette phrase derrière tous les billets verts. Toutefois, aujourd’hui encore, ces références à Dieu ne visent pas à placer une religion au-dessus des autres mais marquent une reconnaissance du sacré en général.

Dans ce contexte, il semblerait que le poids de la religion diminue tant bien que mal dans la société américaine depuis le milieu du vingtième siècle. D’après des études menées par le Pew Research Center et Gallup, seulement 18% des Américains étaient prêts à voter pour un candidat athée dans les années 1950 contre 58% aujourd’hui et 16% déclaraient n’appartenir à aucune religion en 2007 contre 23% actuellement. A noter tout de même que 42% de la population considère que l’évolution n’est pas la meilleure explication de l’origine de la vie humaine sur Terre mais lui préfère le créationnisme.

Malgré cette lente évolution, la religion continue à jouer un rôle considérable dans la vie politique américaine, particulièrement chez les républicains, où des photos de Marco Rubio avec sa famille montrent ses enfants à genoux en train de prier et où Ted Cruz se présente comme le candidat de la morale et le représentant des évangéliques. Ceci se reflète aussi dans la montée en puissance du mouvement du Tea Party. Cette frange du parti républicain, en faveur de baisses d’impôts et d’un rôle minimal de l’Etat, est aussi la plus conservatrice, soutenant des candidats en défaveur de l’avortement et affichant leur foi. Grâce à leur stratégie médiatique, relayée notamment par la chaîne Fox News, ils contribuent à pousser le barycentre du parti conservateur vers la droite.

Dans un pays qui connaît l’évolution naturelle de sécularisation des pays développés, avec un retard certain sur les pays européens pour diverses raisons historiques, on assiste à une réaction ultraconservatrice d’une partie de la population, vivant majoritairement dans la fameuse Bible belt. Alors que le nombre de protestants vient de passer en deçà de 50% et que le pourcentage de la population blanche diminue peu à peu, une réaction de repli communautaire et religieux s’intensifie. Et l’ultra-médiatisée primaire républicaine sert de formidable caisse de résonance à ce phénomène.