COP 22 : Déjà, des irrégularités…

n-COP22-large570Vendredi 25 mars, la commission d‘ouverture des plis pour l’attribution du (très gros) marché de l’organisation de la COP22 en novembre à Marrakech, semble avoir retenu la candidature d’un seul groupement, à l’exclusion des deux autres qui avaient aussi soumissionné. Cela a été annoncé par les médias, et non par le Comité de pilotage de la COP22, désigné par le roi Mohammed VI. Mais selon l’avis de plusieurs observateurs, les choses restent opaques…

Le calendrier de l’appel d’offres

Le 10 mars, au ministère de l’Intérieur, se tenait une première réunion pour le dépôt de dossiers. On y apprend que le groupe français Havas ne soumissionne finalement pas. Les plis administratifs sont ouverts et tout le monde est renvoyé à une prochaine réunion, prévue pour le mardi suivant, 15 mars, donc.

Le jour dit, la commission arrive dans la salle où l’attendaient les représentants des groupements, venus en force, contrairement à la première fois où seuls les responsables du groupement 2 étaient présents. Le gouverneur Bikrat, en charge de cet appel d‘offres, explique à son auditoire que rien n’a été fait, que le dossier « est suivi en haut lieu », et que donc « les dossiers doivent être bien étudiés ». Fort bien, nous y reviendrons.

Puis, coup de théâtre ! Lors de la séance du 25 mars, vendredi dernier, on apprend, par les médias citant des sources et non par ces mêmes sources en conférence de presse comme il se devrait pour pareil projet, qu’il ne reste plus qu’un seul groupement sur les trois, et que ce groupement a présenté une offre administrative et technique semble-t-il convaincante pour les membres de la commission d’adjudication. Ils ont donc décidé de ne retenir que ce groupement, les autres étant donc disqualifiés.

Une curieuse pré-adjudication…

Selon nos confrères, très bien informés, du Huffpost Maghreb, les deux autres groupements ont été disqualifiés pour « insuffisance de références car ils ne répondent pas aux critères d’appréciation du cahier de charges ». Concernant le groupement retenu, la même source ajoute que « ce groupement a donc su adapter son offre aux exigences onusiennes ainsi qu’à celles du comité d’organisation. Il a proposé l’offre la plus sérieuse dont se dégage une expertise et une expérience importantes ».

D’autres médias rapportent que des membres du Comité de pilotage leur ont évoqué « la précision et les détails exemplaires » figurant dans le dossier du groupement retenu, ce qui suppose que les offres techniques de chacun des trois soumissionnaires ont été examinées, et ont été jugées « peu sérieuses »… Les termes ont leur importance, au même titre que la légèreté montrée dans leur choix.

Questions et questionnements…

1/ D’abord, une question de forme… Au vu de l’énormité du projet, du gigantisme des travaux à réaliser pour la COP22 et des sommes faramineuses engagées, on peut s’étonner que la presse ne soit pas invitée aux rencontres au ministère de l’Intérieur. Aurait-on donc quelque chose à dissimuler aux médias, et à travers eux à l’opinion publique ?

2/ Soit les offres techniques ont été ouvertes et examinées, et alors nous serions devant un non-respect flagrant des conditions de l’appel d’offres qui précise bien que l’ouverture des plis doit être publique et que les représentants de chaque groupement doivent venir présenter et défendre leur dossier devant la commission d’adjudication. Pourquoi cela n’a-t-il pas été le cas?

Soit ces offres techniques n’ont pas été étudiées et alors, on se serait fondé sur le seul dossier administratif pour présélectionner un candidat. Et que se passera-t-il, alors, si l’offre technique de ce groupement qui a eu les faveurs de la commission n’est pas convaincante, alors même que les deux autres soumissionnaires sont partis ?

3/ Pourquoi ne pas avoir procédé à l’ouverture des plis techniques en public, devant les 3 challengers, puis avoir mené un débat contradictoire pour s’assurer de la solidité de ces offres et se rassurer quant à la bonne exécution des travaux ?… surtout que ces certains groupements  ne s’illustrent pas par la cohérence et la consistance de leurs membres, sachant que le projet nécessite de la très grande maîtrise en travaux publics et en haute technologie.

4/ Pourquoi aller crier à cors et à cris que cette COP22 est marocaine, que le Maroc est capable de relever le défi et que le savoir-faire marocain est indiscutable, si au final on va choisir un groupement formé d’étrangers, de Français (plutôt intrusifs) pour être plus précis, avec comme seuls Marocains un organisateur d’événements et un traiteur ? Serions-nous donc devenus, subitement, incompétents, dans ce pays ?

5/ Avant de décider de présélectionner un groupement, il eut mieux valu s’assurer, en plus de la compétence de ses membres, de leur intégrité, ce qui ne semble pas être tout à fait acquis pour tous…

6/ Si les autres groupements  ne sont pas « sérieux », pour reprendre le terme affligeant employé, pourquoi alors attendre jusqu’au 7 avril pour décider de déclarer le groupement sélectionné adjudicataire, déclaré « sérieux » ?

7/ Si le dossier est « suivi en haut lieu », comme dit lors de la seconde réunion à l’Intérieur, s’est-on assuré que ce « haut-lieu » est bien informé de ce qui semble être au mieux des négligences réglementaires, au pire une faute d’appréciation…

Pour rappel, l’organisation de la COP22 sur nos terres est une consécration mondiale pour le Maroc, et une exposition internationale de son roi. Si les choses commencent avec un tel amateurisme, au mieux, un tel clientélisme au pire, comment le Comité de pilotage pourrait-il piloter un projet dont l’énormité de la taille n’aurait alors d’égale que la légèreté et les failles ?

Des froncements de sourcils commencent d’ores et déjà à apparaître au sein des médias mettant en doute la régularité du choix de la commission d’organisation et d’adjudication. Et ce n’est pas la meilleure façon d’entamer les choses… Les responsables des trois groupements jurent tous, la main sur le cœur, qu’ils souhaitent que tout se passe régulièrement. On peut douter de la sincérité de quelques uns d’entre eux, de même que l’on peut s’interroger sur l’efficacité et l’efficience de  certains membres du Comité de pilotage…

Aziz Boucetta, Panorapost.ma