Trump l’intraduisible, parce que chiffonnier…

On va s’amuser, je vous le dis…

Barack Obama n‘était pas aisé à traduire, mais il énonçait une pensée construite, qui laissait très peu de place à l’interprétation (si l’on connaissait les dossiers). Donald Trump est beaucoup plus facile à comprendre, car son vocabulaire est basique, mais il est difficile à suivre… Sa logique, ou plutôt son illogisme, le fait qu’il passe du coq à l‘âne (peut-être parce que tout se bouscule trop vite dans sa tête ) le rend parfois incompréhensible, et donne forcément lieu à interprétation. 

trump

Voici un exemple simple. C’est un extrait de la conférence de presse de Donald Trump du 22 janvier : “We’re going to start renegotiating on NAFTA, on immigration, and on security at the border. And Mexico has been terrific, actually terrific. And the president has been a really very amazing. And I think we’re going to have a very good result for Mexico, for the United States, and for everybody involved.

Nous allons commencer à renégocier le NAFTA, l’immigration et la sécurité à la frontière. Et le Mexique a été super, super. Le président a été vraiment formidable, je pense que nous obtiendrons un bon résultat pour le Mexique, pour les Etats-Unis et pour tous ceux qui sont impliqué.“ 

Pourquoi est-il passé directement de l’annonce de la renégociation du traité, à ces compliments dithyrambiques au langage adolescent, sur le Mexique et le président ? Il a peut-être voulu atténuer son annonce qui est une mauvaise nouvelle pour le Mexique, en faisant référence à sa visite d’août dernier au Mexique et à sa rencontre d’alors avec le président mexicain… Cette déclaration très gauche de sa part se voudrait donc diplomatique… Mais ceci n’est qu’une supposition…

Mais il est vrai qu’il y a une différence entre les discours écrits, comme celui de l’investiture, qui sont rédigés ou corrigés par des conseillers, et les réponses improvisées de Trump lors de conférence de presse ou d’interview. Nos traducteurs estiment que ses discours sont d’ailleurs plutôt faciles. Il n’en va pas de même lorsqu’il improvise. 

Selon les linguistes de l’Université Carnegie Mellon de Pittsburg qui ont mené une étude comparée des discours des principaux politiciens de la campagne présidentielle, le niveau grammatical et lexical des différents candidats correspond au niveau d’un enfant de 11-12 ans. Donald Trump tend à être un peu en dessous, mais pas tant que cela finalement selon cette étude. Le problème réside donc plus dans la logique de son raisonnement, de son expression. 

Plusieurs journaux, le Washington PostSlate, le Huffington PostLe Monde, ont déjà évoqué la difficulté de le traduire dans l’exercice de la conférence de presse. Bérangère Viennot, traductrice de presse et édition, en parle en détail dans l’article de Slate ou du Monde. 

Exerçons-nous !

Pour aller plus loin dans l’exemple, nous avons pris un extrait du discours de Donald Trump, alors candidat républicain dans la course à la présidentielle, en juillet 2016 au Magnolia Hall de Sun City, en Caroline du Sud.

Mais mettons les traductions de Google de côté (on sait qu’elles ne sont que rarement correctes), et tentons de faire une traduction compréhensible et sensée, en français, de cet extrait de discours de Trump, à partir du texte original et de la version améliorée de mes copines collègues britanniques.

Voici le résultat de ce travail :

J’aimerais parler du problème nucléaire. Mon oncle, le Dr John Trump, était un grand professeur, scientifique et ingénieur au MIT. C‘était un homme très intelligent, une tendance dans notre famille. Génétiquement, nous sommes très intelligents. Moi, par exemple, j’ai fréquenté la Wharton School of Finance. Si vous êtes républicain conservateur – en fait, présentons-le autrement : si j‘étais candidat à un poste de démocrate, les gens diraient de moi que je suis l’une des personnes les plus intelligentes au monde. Et c’est vrai ! Mais quand vous êtes républicain, les gens essaient de vous rabaisser, et ils se trompent. C’est pourquoi, en me présentant aux gens, je commence toujours par dire que j’ai étudié à Wharton, que j‘étais un bon étudiant là-bas, puis j‘énumère les autres établissements d’enseignement que j’ai fait, ainsi que ce que j’ai accompli, le fait que j’ai bâti ma propre fortune. J’ai toujours besoin d‘énumérer mon CV parce que nous (les républicains conservateurs) avons la mauvaise habitude ne pas respecter l’intelligence. Mais revenons à l’accord nucléaire [[avec l’Iran]], ce qui me gêne vraiment…

Cela aurait été si facile, et ce n’est pas aussi important que le sont les vies des quatre otages américains. Le nucléaire est puissant, mon oncle me l’a expliqué il y a plusieurs années et c‘était il y a 35 ans, il m’expliquait ce qui allait se passer (??), et il avait raison, qui l’eut cru ? Mais quand vous regardez ce qui s’est passé avec les quatre prisonniers – auparavant, il n’y en avait que trois, mais finalement, il y en a eu quatre… Tout au long des négociations, j’aurais dit que le plus important, c‘était les messagers. Il s’agissait tous d’hommes parce qu’ils n’ont pas encore réalisé que les femmes sont plus intelligentes que les hommes, et il leur faudra peut-être encore 150 ans pour le réaliser… Mais je disais donc, les Perses, les Iraniens, sont des négociateurs hors pair. Et ils ont su négocier. (Ou si l’on traduit littéralement : ils nous ont tués, ils nous ont simplement assassinés.)… Ouf… 

Pour le quotidien britannique, The Independent, “les traducteurs français auront peut-être des difficultés à traduire le Président américain les quatre prochaines années, mais peut-être qu’ils aideront finalement M. Trump à avoir du sens”… 

Et je conclus en vous laissant apprécier une de mes citations favorites de Donald Trump, tirée de l’extrait ci-dessous : “I’m very highly educated, I know words, I have the best words, I have the best, but there’s not better word than stupid !”

Euronews.fr

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