Circuit de la création monétaire

L’argent, seigneur et maître de l’Univers, est tellement ancré dans la vie de tous les jours qu’il est devenu une valeur en soi. Ainsi, sa nature, son cycle de création et de circulation ne suscitent plus d’interrogations. Pourtant, le système bancaire, dans son opacité organique et sa portée structurante du Capital est le lieu où est générée la valeur marchande de l’argent. Explications pour les profanes.

D’où vient l’argent ?

Contrairement à une idée reçue, les banques ne se contentent pas de prêter l’argent qu’elles ont reçu en dépôt. En réalité, elles créent la monnaie ex nihilo, à la demande des entreprises et des ménages qui sollicitent des crédits. L’opération permet d’avancer les fonds nécessaires à la création future de richesse (production des entreprises) ou de revenus (les salaires à venir des ménages). Le rôle des banques traditionnelles — dites « commerciales » — est donc triple : créer la monnaie; collecter et gérer les dépôts de leurs clients et faire circuler la monnaie entre les comptes.

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 1. Les banques prêtent aux entreprises (ainsi qu’aux particuliers et à l’Etat) pour leur permettre de financer leur production future : la création monétaire consiste pour la banque à créditer le compte de dépôt de l’entreprise (ce schéma illustre la création monétaire par prêts aux entreprises).

Apparaît là la première fonction des banques. Ce crédit bancaire constitue une créance de la banque sur l’entreprise, et symétriquement une dette de l’entreprise envers la banque. La création monétaire par prêt aux entreprises permet de surmonter le décalage dans le temps entre leurs dépenses (payer des salaires) et leurs recettes ultérieures (vente de la production).

2. L’entreprise paie les dépenses (salaires des travailleurs) liées à son cycle de production en utilisant l’argent disponible sur son compte de dépôt bancaire : la monnaie créée commence à circuler dans l’économie.

3. Les salariés (ménages) reçoivent leurs salaires sous la forme d’un virement de l’entreprise sur les comptes de dépôt à la banque.

Apparaît là une deuxième fonction des banques : collecter et gérer les dépôts de leur clientèle.

4. Les salariés vont à leur tour faire circuler la monnaie sous forme « scripturale » à l’aide de moyens de paiement comme les chèques, les cartes de crédit…

Apparaît là une troisième fonction des banques : mettre à la disposition de leurs clients des instruments de paiement.

5. Les salariés vont acheter les biens produits par les entreprises, ce qui se traduit à nouveau par des flux monétaires depuis les comptes des ménages vers les comptes de dépôt des entreprises.

6. L’entreprise utilise ses ressources, liées à la vente de sa production, pour rembourser sa dette à la banque : la monnaie initialement créée (en 1) est alors détruite, la banque perçoit des intérêts, et le cycle recommence.

On peut voir les banques comme une gigantesque pompe qui crée, fait circuler, puis aspire l’argent nécessaire au fonctionnement de l’économie.

Où va l’argent

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Avec le développement de l’ingénierie financière et le démantèlement des cloisonnements mis en place après la crise de 1929, les banques se sont métamorphosées en « conglomérats financiers ». Elles interviennent désormais dans plusieurs métiers : la banque traditionnelle (voir « D’où vient l’argent ? »), mais aussi les activités de marché (banque d’investissement) et l’assurance (risques incendie, accidents, assurance-vie). Elles ont grossi. Devenues « too big to fail » (trop importantes pour faire faillite), elles obligent les autorités à les secourir en cas de difficulté — sauf à créer un risque « systémique ».

La taille des grands groupes bancaires leur confère un pouvoir économique et politique considérable : ils contrôlent les marchés, font pression sur les entreprises et les Etats en menaçant de spéculer sur leur dette. Cette nouvelle dimension leur permet d’accroître leurs revenus, mais les incite à prendre plus de risques, ce qui conduit à déstabiliser l’ensemble du système.

Qui contrôle l’argent

Régulation et collusions

 

Selon la théorie néolibérale, la galaxie financière concilierait stabilité et expansion grâce à un système de pouvoirs et contre-pouvoirs : les institutions de régulation et les banques centrales contrebalanceraient le désir de puissance enfin « libéré » des forces de l’argent. Et les acteurs publics résisteraient aux tentatives d’asservissement (ou « capture ») par les acteurs privés.

Depuis 2008, nul ne l’ignore les choses se passent autrement. Car l’Etat a déréglementé les marchés, amputé les budgets des régulateurs, subordonné le financement de sa dette aux marchés ; promu les analystes financiers au rang d’oracles ; obtenu l’«indépendance» des banques centrales. Le résultat éblouit : en 2011, les responsables européens ont choisi M. Mario Draghi, ancien dirigeant de la banque d’affaires Goldman Sachs, comme gouverneur de la Banque centrale.

Le monde diplomatique,Cécile Marin & Dominique Plihon

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