Chefs d’Etat, sportifs et milliardaires au cœur d’une enquête inédite

C’est sur une véritable mine d’or qu’ont mis la main Le Monde et ses partenaires. Une base de données inédite tant par son ampleur que par son contenu remise par un lanceur d’alerte anonyme au journal allemand Süddeutsche Zeitung. Le quotidien l’a partagée avec le Consortium international de journalisme d’investigation (ICIJ), organisation et réseau indépendant de Washington, déjà à l’origine des « Offshore Leaks », des « Lux Leaks » et, plus récemment, des « SwissLeaks ». Chefs d’Etat, sportifs célèbres, milliardaires au coeur d’un scandale à l’échelle internationale : Enquête et vidéo…

« Panama Papers », c’est le nom des quelque 11,5 millions de documents secrets dont Le Monde et le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) de Washington ont eu accès et qui révèlent les dessous de la finance offshore internationale.

Ces données, dont certaines portent sur des malversations liées l’opacité du système, impliquent directement douze chefs d’État (dont six en exercice), 14 de leurs proches et 38 hommes politique et hauts fonctionnaires. Ces révélations concernent également des personnes issues du monde sportif, tels que le footballeur Lionel Messi ou le patron du football européen Michel Platini. Figure également dans les listings du cabinet panaméen Mossack Fonseca (au cœur du scandale) l’ex-ministre du Budget déjà impliqué dans un scandale d’évasion fiscale : Jérôme Cahuzac.

Pendant un an, 378 journalistes issus de 107 médias dans 77 pays ont travaillé sur ces « Panama Papers », qui retracent quasiment jour par jour le fonctionnement de la firme panaméenne de domiciliation de sociétés offshore Mossack Fonseca. Créé en 1977 au Panama, l’un des plus grands trous noirs de l’économie mondiale, ce cabinet est aujourd’hui l’une des clés de voûte du business mondial et opaque des paradis fiscaux, avec des bureaux dans plus de 35 pays.

Pour presque chacune des 214 488 structures offshore créées ou administrées par Mossack Fonseca au cours de ses quarante années d’existence, la base de données fournit pêle-mêle registres, documents officiels, passeports, contrats et correspondances internes. Des fichiers qui permettent parfois de dévoiler les véritables propriétaires et activités de ces sociétés, inaccessibles au public, et même souvent aux autorités, en raison de l’opacité qui règne dans ces juridictions offshore.
« Affaires », banques, grandes fortunes et football

Cette immense caverne d’Ali Baba de l’évasion fiscale, qu’un journaliste mettrait plusieurs décennies à explorer seul en travaillant jour et nuit, récèle des milliers de noms de ressortissants de plus de 200 pays ou territoires différents. Si la plupart sont inconnus du grand public, on y retrouve aussi des centaines de figures de premier plan, issues des univers politique, économique, sportif, culturel et même criminel, sur lesquels les membres du réseau ICIJ ont enquêté en commun pour déterminer quelle utilisation ils ont fait de leurs montages offshore transnationaux. Le Monde a aussi enquêté sur des sociétés-écran liées aux grandes fortunes françaises, sur des affaires politico-financières, des banques hexagonales et des personnages importants du football français.

Au-delà des innombrables noms et histoires, les « Panama Papers » brossent un portrait quasiment en temps réel d’un système créé par et pour l’opacité de ses bénéficiaires. Les données, qui s’étendent jusqu’à la fin de l’année 2015, montrent que les avancées récentes de la réglementation des paradis fiscaux sont loin d’avoir facilité la vie des autorités chargées de lutter contre le blanchiment, la corruption et la fraude fiscale. A chaque nouveau tour de vis inspiré par la pression internationale, les artisans méticuleux de l’offshore comme Mossack Fonseca trouvent une nouvelle parade pour préserver la discrétion de leurs clients – avec la complicité de plus de 14 000 banques et cabinets d’avocats fiscalistes qui jouent les intermédiaires financiers.

Ce sont toutes ces histoires que Le Monde va vous raconter tout au long de la semaine dans ses éditions papier et numériques, dans le cadre de l’opération « Panama Papers ».

Que sait-on de la source des « Panama Papers » ?

Le « leak » qui a mis au jour le scandale des Panama Papers a permis la fuite de millions de documents et données de la firme panaméenne Mossack Fonseca. Elle provient d’une source qui a remis gracieusement au Süddeutzsche Zeitung les fichiers de la firme spécialisée dans le montage de sociétés offshore. Pour le protéger, l’identité du lanceur d’alerte n’a pas été divulguée aux médias partenaires du Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ) qui ont travaillé sur l’enquête.

L’authenticité des fichiers a toutefois pu être vérifiée à deux reprises, par la Süddeutzsche Zeitung et par Le Monde. Plusieurs fractions de ce « leak », parcellaires et plus anciennes, avaient été vendues aux autorités fiscales allemandes, américaines et britanniques au cours des dernières années, une procédure qui est devenue relativement habituelle, notamment en Allemagne. La France fait ainsi partie des pays qui se sont vus proposer l’achat d’une partie des « Panama Papers ». Outre-Rhin, les investigations sur la base de ces documents ont donné lieu à une série de perquisitions en février 2015 contre des banques allemandes soupçonnées de complicités de blanchiment et de fraude fiscale. La Commerzbank, deuxième établissement bancaire d’Allemagne, a accepté en octobre 2015 de payer 17 millions d’euros d’amende pour avoir aidé certains de ses clients à frauder le fisc avec l’aide de sociétés enregistrées par Mossack Fonseca.

Parmi les « gros poissons » cités dans cette affaire, on peut mentionner le fraîchement élu président argentin Mauricio Macri, le Premier ministre islandais Sigmundur Davíð Gunnlaugsson, le président ukrainien Petro Poroshenko ou encore le roi d’Arabie Saoudite Salman bin Abdulaziz (récemment décoré par François Hollande). Tous sont dans les fichiers du cabinet Mossack Fonceska basé au Panama, « l’un des centres financiers les plus opaques de la planète, considéré comme une plaque tournante du blanchiment, où vient se recycler l’argent du crime et de la fraude », rappelle Le Monde. Au total, ce sont 214.000 sociétés offshores créées ou gérées par le fameux cabinet qui ont pu être analysées, offrant ainsi une « cartographie, presque en temps réel, d’un pan entier de la finance mondiale, jusqu’alors à l’abri des regards », détaillent nos confrères. Affaire à suivre.

Le monde et Huffington Post

Photo à la Une: www.commondreams.org

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