Le Washington Post interroge les obstacles au développement socio-politique du Maroc

Merouan Mekouar, professeur au département des sciences sociales de l’Université d’York, (Toronto) analyse, dans un article publié récemment par le Washington Post, les raisons sociopolitiques qui empêchent le Maroc d’emprunter véritablement le chemin du développement et de la gouvernance démocratique.
 


Mekouar évoque deux évènements qui ont récemment secoué le Maroc. Le premier est le blocage début janvier des appels gratuits voice-over-IP (VoIP). Cette mesure de l’ANRT a provoqué l’ire des Marocains, qui l’ont fait comprendre via une immense campagne de « dislike » des pages facebook appartenant aux trois opérateurs téléphoniques que compte le Maroc. Le royaume a également empêché en septembre 2015 l’ouverture de son premier magasin Ikea, qui était très attendu. Le projet de plusieurs millions de dollars a été bloqué suite à des rumeurs sur la position suédoise concernant le Sahara. Ikea Zenata a finalement ouvert ses portes le 16 mars dernier.
 


« Qu’est-ce qui explique ces décisions impopulaires et erratiques? », s’interroge l’enseignant universitaire. Les récentes actions du gouvernement marocain indiquent qu’il n’a pas encore surmonté les carences structurelles de nombreux régimes autocratiques. Surtout, insiste l’auteur, les récentes réformes n’ont pas réussi à générer des mécanismes de responsabilité pour rationaliser la prise de décision politique.

Déconnectées de la dynamique sociale locale

La corruption, les inégalités économiques, et le détournement de deniers publics se maintiennent. De telles questions dépassent le cadre du discours politique et sont désormais difficiles à cacher grâce aux médias sociaux, note Mekouar. Cela a conduit à une série de décisions politiques impopulaires, gratuites et déconnectées de la dynamique sociale locale. Les décisions gouvernementales ont à plusieurs reprises frustré une grande partie de la population.

L’inadéquation apparente entre les politiques gouvernementales et l’opinion publique est le résultat d’une distribution inégale du pouvoir et du prestige politique au Maroc. Tandis que le palais est glorifié pour la conduite de nombreux projets infrastructurels d’envergure, le gouvernement élu est non seulement forcé à accepter ces décisions, mais se retrouvé aussi blâmé pour toutes les décisions impopulaires nécessaires pour la gouvernance quotidienne: réforme des pensions, suppression de subvention des produits de base, etc.

Alors que le nouveau texte constitutionnel, adopté après le printemps arabe en 2011, protège le Palais de toute critique, le gouvernement doit porter la responsabilité de la gouvernance quotidienne sans la liberté de façonner les politiques stratégiques du pays, souligne Mekouar. Le gouvernement élu est donc pris entre le Palais et les demandes de ses électeurs, et ne peut développer de stratégies domestiques cohérentes. Il est alors souvent forcé à « improviser des politiques ad hoc » qui ne réussissent pas à faire face aux défis structurels du royaume. Et de conclure que « sans l’application pratique des idéaux démocratiques consacrés par la nouvelle constitution, le [Maroc] pourrait se retrouver dans l’impossibilité de relever les défis de son futur ».

H24info.ma

 

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