Apple contre FBI : les autorités américaines nous ont-elles enfumés ?

Hop ! En un coup de baguette magique, le  »terrible » combat du FBI contre Apple a fait pshiiiit. Des semaines d’intense lobbying au plus haut sommet de l’Etat américain, pour finalement trouver une solution sans forcer Apple à modifier son système d’exploitation. Voilà, clap de fin. Alors, le FBI s’amuse-t-il avec nous ?

Après des semaines de pression au plus haut niveau de l’Etat, le FBI a finalement trouvé une solution pour déchiffrer un iPhone. Les «backdoors » réclamées par les autorités ne seraient donc pas si indispensables que ça ?

Hum, cette controverse mérite tout de même d’être regardée avec un peu de recul, juste histoire de vérifier que les autorités américaines ne se seraient pas fichues de nous.

La tentation de la backdoor

Pendant plusieurs mois, le FBI et la Maison Blanche affirmaient – seuls contre tous les spécialistes – qu’il fallait absolument casser une partie du chiffrement pour les besoins de la police.

Impossible de faire autrement. La création d’une « backdoor » (porte dérobée) apparaissait ainsi comme inévitable, pour les biens de la lutte contre le terrorisme.

Le FBI sort l’artillerie lourde

Cet argument massue devait permettre de rallier une bonne partie de l’opinion. Mais face à ces demandes pressantes, Apple a décidé de résisteret a refusé de se plier aux demandes du FBI.

Le gouvernement américain a décidé de sortir l’artillerie lourde en brandissant le All Writs Act. Cette arme de dernier recours permet à un juge d’émettre une ordonnance contraignante pour accéder aux données recherchées. En d’autres termes, le FBI n’a pas lésiné sur les moyens pour tenter de faire plier Apple.

Seulement, Apple n’en a fait qu’à sa tête en refusant toujours catégoriquement de se plier aux demandes des autorités américaines. Et pour cause, une backdoor pourrait être utilisée par d’autres groupes et créer d’importants dégâts en terme de sécurité.

Finalement, quelques heures avant une audience très attendue devant une cour californienne, le FBI a annoncé avoir trouvé une solution pour débloquer l’iPhone sans l’aide d’Apple. Un retournement inattenduconfirmé ce lundi.

Un grand coup de bluff ?

Une question brûle alors les lèvres de nombreux observateurs – dont le site spécialisé TechCrunch – : et si le ministère de la Justice était finalement pessimiste sur ce cas et pensait qu’il était plus judicieux d’abandonner l’affaire plutôt que de donner un précédent en faveur de la sécurité et d’Apple ?

Pas vraiment de doute pour Edward Snowden qui insinue sans détour que le gouvernement a menti pendant des mois sur l’impossibilité d’accéder aux données de l’iPhone pour tenter de créer une voie d’accès plus facile dans le futur.

Mensonge ou négligence…

Le site TechCrunch laisse la porte ouverte à deux possibilités :

« Soit le gouvernement a été négligent, soit il a menti éhontément. »

Dans les deux cas, « il sera désormais difficile de croire le gouvernement dans les débats sur le chiffrement ». Et si le mensonge se confirme, il s’agirait d’une « honteuse stratégie » des autorités pour le site.

Alors, les autorités américaines ont-elles bluffé et poussé au maximum la pression sur Apple pour tenter d’obtenir un accès garanti aux données chiffrées ? Pas impossible.

Pas de précédent, pour cette fois

En tout état de cause, avec cette fin précipitée, les autorités américaines ne semblent pas avoir obtenu ce qu’elles cherchaient : un précédent juridique permettant de forcer un constructeur à déchiffrer un smartphone. Apple, de son côté, ne se voit pas contraint de créer un accès spécialement pour le FBI.

Mais impossible de se réjouir vraiment à Cupertino, le FBI ayant publiquement révélé que des failles existantes permettaient bien d’accéder aux données d’un iPhone. Le communiqué d’Apple évite d’ailleurs soigneusement de commenter cet aspect de l’affaire.

Alors, quand le débat reviendra sur la table – et il reviendra vite – il faudra se rappeler des mots de l’expert américain Christopher Soghoian, qui nous affirmait déjà en janvier dernier :

« Il n’y a aucun moyen de concevoir un outil de communication [chiffré] offrant un accès uniquement aux gentils. »

Robin Prudent, rue89.fr

Publicités