Biz-biz entre islamistes intégristes et gauche radicale…

Il est des temps où la logique politique est hérésie, le sens commun une lumière et l’intelligence la denrée la moins disponible. Ce triple constat colle comme peau de chagrin à ce rapprochement supposé entre Al Aâdl wal ihssane, jamaâ islamiste radicale, et la gauche radicale, qui est plus un ensemble de groupuscules ronronnants qu’une véritable force politique. Mais n’est-ce pas là rapprochement délictueux, pis, tellement incestueux qu’il oblige l’observateur à se poser cette lancinante question: Mais qu’est-ce cette gauche, tellement radicale qu’elle ne distingue plus l’éclat aveuglant de la noirceur assombrissant son choix anhistorique ?

L’islamisme radical au Maroc est l’ennemi juré de la gauche, toute la gauche, qu’elle soit radicale, centriste ou simplement réformiste ou encore social-démocrate… Il y a tellement de gauches, que l’on arrive plus à cerner laquelle d’entre ces factions et la vraie gauche, jadis porte-flambeau de la liberté et de la justice sociale.

C’est peut-être à cause de cela, grâce à cela que, de temps à autre, les islamistes prennent la main droite de la gauche pour faire un brin de chemin ensemble. Ce ne fut jamais structurel. Juste le temps d’une escapade contre l’Etat. Mais, en substance comme dans la forme, la gauche a toujours été -et le reste – l’ennemi à abattre pour les islamistes intégristes comme ceux de Al Aâd wal ihssane. 

Mais voilà, le  »front social et les luttes de solidarité » contre la répression peuvent constituer des moments disproportionnés pour le dialogue entre des mouvements antinomiques, la Jamaâ Al Adl Wal Ihsan et la gauche radicale en l’occurrence. Ce qui semble s’opérer ces derniers temps, notamment le 19 mars, journée de manifestation en soutien à l’historien Maâti Mounjib, lui-même initiateur entêté de ce rapprochement pour le moins délictueux du point de vue de la culture de gauche.

Telquel (le site) croit avoir constaté devant le Parlement, à l’occasion de cette journée,  »Hassan Bennajeh, membre du secrétariat général du cercle politique de la Jamaâ Al Adl Wal Ihsan était aux côtés de nombreux militants de gauche, parmi lesquels le secrétaire général du PADS Abderrahmane Benameur, pour soutenir la liberté d’expression, et particulièrement l’historien Maâti Monjib, » à l’origine  »d’une série de rencontres et de débats entre la gauche laïque et les démocrates islamistes entre 2008 et 2010. »

Le même site énumère les figures qui comptent du mouvement islamiste radical, comme Omar Iharchane, membre cdu secrétariat général du cercle politique de la Jamaâ, qui a répondu positivement à  »l’invitation faite par Annahj Addimoqrati (groupuscule d’extrême gauche), à une rencontre publique ». La présence de cette figure âadliste n’était pas  »symbolique et formelle. Il a été l’invité, à en croire les présents, qui a le plus chaleureusement salué le travail de Annahj, assurant qu’il ne saurait y avoir de changements politiques réels sans sa participation. »

Bien sûr, pour justifier ce rapprochement des/entre les extrêmes, les islamistes n’hésitent pas à  »conseiller » à leurs  »colistiers transitoires » de revoir leurs référentiels idéologiques et leurs repères politiques pour les  »nationaliser », pour ne pas dire les marocaniser. En fait, les prolongements de ce rapprochement remontent un peu plus loin, comme le souligne le même site, qui affirme qu’en 2014 déjà, Al Aâdl avait   »invité une dizaine de personnalités de gauche à une rencontre informelle pour débattre de différents sujets », l’objectif ayant été de  »briser la politique du «diviser pour mieux régner ».

Il faut dire que la gouvernance actuelle, menée par le PJD (parti islamiste modéré) a exacerbé toutes les mouvances, de la droite traditionnelle à la gauche la plus extrémiste. En effet, le gouvernement Benkirane a cumulé tous les actes anti-sociaux et ouvertement impopulaires. Il mène la vie dure à la contestation à coups de matraques et de harcèlements permanents, sans discernement aucun.

Dans ce contexte répressif, il peut paraître normal, voire dans la logiques des alliances politiques conjoncturelles, que les extrêmes puissent se rallier au même objectif. Dans cette conjoncture, la tête de Benkirane, patron du PJD et Chef de gouvernement, est le noyau pour la brisure duquel le rapprochement entre les islamistes radicaux et l’extrême gauche se trouve à l’agenda incestueux du temps politique marocain actuel.

D’ailleurs, l’un des membres influents du mouvement radical de gauche, Abdellah Harif, ex secrétaire général de Annahj, souligne allègrement qu’en ce «moment, nous (la gauche radicale) mettons un point d’honneur à un dialogue franc et ouvert avec les âadlistes, alors que le front social est chaud« (dixit Telquel le site).

En tout état de cause, la politique menée par Benkirane et son gouvernement – dans la diachronie qui la traverse à cause du conflit PJD-RNI au sein même de la majorité -,  a offert l’opportunité de dialogue entre les extrêmes de la scène politique et sociale marocaines. Certes, ce rapprochement est de circonstance et se fissurera à la première réelle constellation des enjeux structurels du Maroc en mouvement. Mais il semble, néanmoins, que face à l’ennemi, les ennemis de mon ennemi ne peuvent être que mes amis, même pour un temps éphémère.

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