A DEFAUT DE LA GAUCHE, DES PARTIS TAMPONS

Qu’est-ce qui peut réunir le PAM, le PJD et l’USFP, trois formations politiques aux fonds idéologiques et aux ambitions, en apparence, diachroniques de manière structurale  ? Deux choses au moins : la passion du pouvoir et la démagogie incandescendante. Car, à n’en pas douter, le parti socialiste, le parti islamiste et le parti venu de nulle part, ont plus de visées cachées en commun que d’éléments qui les séparent.

Chronique du temps politique actuel

Jadis, en 1959-1978, le socialisme marocain avait un porte-étendard, l’Union socialiste des forces populaires (USFP), conduite par Abderrahim Bouabid, patient auditeur de la monarchie mais social démocrate avéré. L’USFP est aujourd’hui est un parti quelconque, ni social-démocrate comme le vivaient les militants aujourd’hui dissidents, ni démocrate convaincu, les courants d’air y sifflotant sont légion. Il n’est plus que cet atome à l’écoute servile du système politique global.

Le Parti de la Justice et du Développement (PJD) n’est plus le vaudou intégriste qui voulait exorciser l’athéisme institutionnel. Il est, depuis novembre 2013 (en fait depuis 2003), un bon enfant du capitalisme social que cherche à développer le roi Mohammed VI à travers le prisme de l’initiative privée à visage humain.

Le Parti de la Modernité et de l’Authenticité (PAM), ce parti venu de nulle part, voudrait qu’on lui reconnaisse sa vocation de modernité. Ambition prétentieuse, voire propension inenvisageable, parce qu’il vient du système profond qui gouverne tous les interstices de l’Etat makhzénien. Il a défloré la raison intellectuelle en impliquant l’extrême gauche, la gauche légaliste et la droite ‘’éclairée’’ aux aspirations hégémoniques dans le penser de son fondateur véritable, auto-investi de la mission de doper le pouvoir royal de l’extérieur, en y faisant adhérer tous ceux qui peuvent avoir quelque chose à dire ou à penser.

USFP, PJD et PAM sont ainsi le puzzle qui veut faire des élections le tremplin d’une dominance politique renouvelée. La rumeur ‘’autorisée’’ voudrait que les élections du 7 octobre 2016 donnent une reconfiguration idéale, où le PAM, aujourd’hui investi d’une légitimité tranquille, jouerait le premier rôle, à l’aune d’un PJD jeté en pâture à la colère populaire. Certes, toute alliance que contracterait le PAM, dans le scénario plausible d’une victoire aux législatives du 7 octobre prochain, vue sous l’angle de la rationalité politique – pour autant que celui-ci puisse en avoir – pourrait être positivement théorisée, comme l’a fait remarquer un hebdomadaire jeuniste, à la gramscienne, c’est-à-dire la formation d’un ‘’bloc historique’’ unissant des adversaires conjoncturels face à l’ennemi commun.

Or, dans le cas du Maroc, le PJD, l’USFP et le PAM, du moins à valeur actuelle, ne sont pas que des adversaires conjoncturels. Ils sont, dans le principe dialectique, antinomiques, irasciblement opposés en tout, surtout au regard de la finalité essentielle de l’exercice politique démocratique : la liberté de choix, de conscience et, surtout, d’expression. Il est cependant un fait politique indéniable: La force acquise par le PAM au fil de ces années, vient du fait qu’il utilise les manquements et les ratés dont sont coupables les partis dits de gauche et démocratiques, pour remobiliser la scène intellectuelle et sociale qui lui tombe aujourd’hui dans les bras. Lever les équivoques, un parti-pris salvateur.

Soyons clairs.

Le PJD, il le dit dans son discours de fond, celui fait devant la base militante, ne peut admettre que le libre penser soit LA conscience guidant la vie de l’individu. Dans son penser caché, pour le PJD, l’Homme est lié par sa prédestinée théologique et, en cela, il reste le serviteur de Dieu en tout. Quand le représentant divin sur terre oriente, l’individu obéit, sans conséquence aucune sur/de sa liberté de penser, déterminée au préalable par les desiderata de ceux qui se sont investis de la mission de parler au nom de Dieu justement. Le Marocain, celui épris de liberté et d’initiative, ne peut accepter que la confusion idéelle devienne la politique officielle partisane.

Le PJD ne peut, parce qu’il joue dans la cour des grands manipulateurs, laisser percer sa vraie nature, celle d’un parti islamiste qui honnira le gain, aussi légitime soit-il, la liberté d’entreprendre (morale, sexuelle, politique, de penser, de réflexion, de conviction…). Il mettra main basse sur le penser collectif et le ‘’commandera selon ce que son Dieu lui dictera’’. Comme s’il pouvait exister un Dieu pour chaque courant de penser et d’agir ! La noria de la supériorité de penser religieuse est là, omniprésente, dans le discours ‘’réformateur’’ islamiste tant au parlement, dans la commune, dans la mosquée que dans la rue. Dès le moment où l’on aura accepté cette logique, la liberté tout court sera close.

Réminiscence insolvable

La gauche est aujourd’hui traversée par tous les courants d’air instables. Elle a égaré, sous le feu de la déconfiture socialiste mondiale, sa pensée socialisante, et le sens de la politique sociale. Celle-ci aurait dû rendre, à la fin des années quatre vingt dix du siècle passé, un tant soi peu de justice et d’équité à la grande majorité des couches sociales en bute quotidienne à la cherté de la vie et aux conditions matérielles d’existence de plus en plus éreintantes. Au plus profond de la crise qui entaille les ambitions politiques actuelles de la gauche marocaine, il faut se rende compte, comme le dit superbement un Benoît Hamon, désemparé face à la décrépitude du Parti socialiste français, ‘’ nous vivons une crise systémique : tous les petits calculs seront balayés par la crise sociale et politique, en particulier les calculs de ceux qui parient sur la division … Je vois deux types de réponse possible face à la crise. Il y a les forces de résistance au changement. Et il y a les passeurs, ceux qui entendent faciliter la transition entre un modèle de développement qui a produit plus d’inégalités que de prospérité, et le monde nouveau qui se dessine…’’

Le PJD, au-delà de son discours moralisateur et égalitariste, constitue, à n’en point douter, une force de résistance à la logique de la liberté de pensée, de conviction et de choix des valeurs démocratiques. En face, la gauche, dans ses déboires, sa conjoncture décapante et son cafouillage organique, reste néanmoins ce passeur qui devrait donner à la liberté d’action et de réflexion leur véritable contenance. Et, en cela, elle ne peut s’autoriser à s’accoupler avec la négation fondatrice, celle qui dénie à l’être humain le choix de son mode personnel et collectif de vie.

Les sirènes qui chantent l’alliance, même tactique, même électoraliste, entre les démocrates et l’archaïsme clérical (bien que ce qualificatif ne sied point à l’Islam politique) se fourvoieront. Plus grave, ils détruiront à jamais l’ambition d’un Maroc moderne et éclairé.

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