Sur Twitter, D. trump est déjà Président

Le favori pour l’investiture républicaine est devenu le meilleur sur les réseaux sociaux en s’inspirant de deux maîtres: Aristote et Cicéron. est-ce que les tweets de Donald Trump ont l’air… plus longs que ceux des autres? Ils sont pourtant plafonnés à 140 caractères –il a droit exactement au même espace que Marco Rubio, Jeb Bush et les sous-fifres qui récurent les sols de la Trump Tower– mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il en tire le maximum de parti. 

Slate / Trump arrive à caser deux, trois, parfois même quatre déclarations distinctes dans un seul et unique tweet. Chaque petit ballot rhétorique percute le fil des ses 6,35 millions de followers avec une force gigantesque. Même quand son argument, c’est ça:

«Jeb Bush vient de passer aux lentilles de contact et de se débarrasser de ses lunettes. Il veut avoir l’air cool, mais c’est bien trop tard. 1% dans le Nevada!»

Quand Trump s’est lancé dans la course à la présidentielle, les fermes de contenu d’internet ont rassemblé les tweets les plus «gênants», «ridicules» et «dingues» du magnat de l’immobilier star de la téléréalité, en imaginant peut-être que son passif de langue de vipère reviendrait le hanter. En réalité, Trump doit son succès en grande partie au fait qu’il a conservé sa vigoureuse vulgarité et qu’il l’a emmenée avec lui dans l’arène politique.

Touché, coulé

Aujourd’hui, les experts examinent sa stratégie dans les médias sociaux avec un respect teinté de répugnance. Le Washington Post a qualifié son compte Twitter de prolifique, populiste et égocentré, et souligné son utilité toute particulière de «testeur de message en temps réel» pour le candidat, qui fait de ses attaques les plus populaires sur Twitter des arguments de campagne (ce qui allait devenir son slogan, «Make America Great Again», était au départ un tweet datant de 2012).

Le New York Times s’est ébaubi devant l’autorité qu’il exerce sur «une escouade digne du Swat de supporters dédiés (d’aucuns disent enragés) qui montent à l’assaut à une vitesse stupéfiante». Un cadre politique a parlé de«meeting permanent pour Trump qui se déroule sur Twitter à toutes les heures de la journée».Quel est le secret du succès de Trump sur Twitter? Il a consolidé sa réputation de maître des médias sociaux modernes en s’appuyant sur des coups bas ancestraux. Qu’il en soit conscient ou pas –comme il a tweeté qu’il a un«QI très élevé», je pars du principe que oui–, ses tweets les plus trumpesques parviennent à correspondre aux trois modes de persuasion d’Aristote: logos (l’appel à la logique), ethos (à la crédibilité) et pathos (le recours à l’émotion).

Coups bas à la Cicéron

En décembre, le New York Times a analysé «toutes les déclarations publiques» de Trump et trouvé «une répétition constante de phrases qui divisent, de mots durs et d’imagerie violente rarement utilisés par les présidents américains». Mais les discours de Trump ont aussi une gentille face cachée. Comme l’a relevé Ben Mathis-Lilley en janvier, Trump a tendance à toujours ponctuer ses tweets avec la même exclamation: «Sad!»; c’est triste! Il ne présente pas ses rivaux comme des personnes agressives ou dangereuses. Il est juste triste pour eux. Et le «faible» et «mou» Jeb Bush –«personnage pathétique!»– est lefaire-valoir idéal de Trump.

Certaines des insultes les plus destructrices de Trump sont déguisées en compliments. 

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