Espoirs et dérision

Les syndicats sont en passe de gagner leur pari de grève générale. En effet, à année exceptionnelle (élections générales le 7 octobre 2016), traitement spécifique et solennel. Casablanca et Rabat sont presque vides, à l’instar des autres principales villes du Royaume, qui semblent avoir répondu positivement à la fronde lancée par l’opposition. Même le trublion islamiste radical (Al-âadl wal ihssane) a suivi. Que veut dire cette grève en termes politiques ? A quels objectifs en arrière plan répond-elle ?

LE MAROC CONTESTATAIRE

Grève marocECLAIRAGES – Le souvenir de la grève éphémère et sans éclat de ces dernières années s’est estompé en ce 24 février 2016. A contrario, la tendance baissière, en termes d’envergure et d’impact accolée aux grèves décidées par le passé récent, a poussé gouvernement et autorités publiques à n’y prêter qu’une attention technique. Ce qui explique la non appréhension dont a fait preuve cette semaine le gouvernement en exercice.

Après le franc succès du 5è anniversaire du Mouvement du 20 février samedi dernier, il apparaît aujourd’hui que la mobilisation derrière le mot d’ordre de grève générale a touché la quasi-totalité des institutions et entreprises visées, les principales centrales syndicales (UMT, CDT, UGTM, FDT et SNESUP-syndicat des enseignants du supérieur) ayant réussi à y faire adhérer toutes les énergies potentielles. Même les syndicats allemands ont apporté leur soutien à cette grève !

La symbolique recherchée par cette fronde a tous les relents d’un défi lancé à la face du gouvernement et, à sa tête, le Parti de la justice et Développement (PJD), parti islamiste portée à la hiérarchie de l’Etat par le courant du Mouvement du 20 février 2011. On s’en souvient, ce mouvement de contestation avait permis, à la faveur de l’éclatement des principales dictatures arabes (Egypte, Tunisie, Libye notamment), au Maroc de se refaire une beauté avec une nouvelle constitution, considérée par tous comme une étape innovante de l’espace des droits et libertés au Maroc.

Un gouvernement têtu,  une fronde équivalente

Pourquoi une grève générale, aujourd’hui, maintenant ? La réponse semble évidente. Abelilah Benkirane (Chef de gouvernement et SG du PJD) a tout fait pour drainer contre lui toutes les forces politiques d’opposition. Il a, depuis son investiture en 2011, cumulé entêtement capricieux et décisions sociales impopulaires. Il a réussi à imposer une politique socioéconomique qui ne va pas dans le sens qu’on attendait de l’après ‘’Printemps arabe’’ : renchérissement graduel, mais régulier, des principales denrées alimentaires de première nécessité, indexation des prix sur le marché spéculatif, atonie économique, rétrécissement des espaces de libre expression et de rassemblements publics, désharmonie dans la coalition gouvernementale… Trop pour un gouvernement qui a marqué la plus longue durée de vie de tous les gouvernements qu’a connus le Maroc depuis 1963, date de la formation des premiers parlement et gouvernement du Maroc postindépendance, sous les auspices de le première constitution marocaine (adoptée en 1962).

Face à cet entêtement et, surtout, la manie de faire tout l’opposé de ce qui était espéré d’un gouvernement censé être la marque de fabrique du renouvellement démocratique du pays, les forces d’opposition, dans leurs faiblesses politiques, leur dispersion organique et la crise d’identité qu’ils vivent (surtout au sein de la gauche), ont pu et su coaliser tout le monde contre le PJD, parti locomotive de la transition que connaît le Maroc depuis juillet et novembre 2011 (adoption de la nouvelle constitution et élections pionnières post-printemps arabe).

Le 24 février est donc à lire comme étant l’effusion solennelle du ras le bol qui couve depuis un temps déjà. Car, voguant sur un piédestal dont il est le seul à en connaître les ressorts, le Chef de gouvernement a campé sur ses positions de nonchalance et de harangue, se faisant un baroud d’honneur de snober tout le monde. Comme fortifié par un pacte qu’il aurait contracté avec une source de pouvoir hors visibilité pour le commun des politiques. Au lieu de négocier, de prendre langue avec l’Autre – ces forces qui lui en veulent d’être un ‘’accaparateur de pouvoir’’-, le Chef de gouvernement menace, rebrandit le spectre d’un autre 20 février plus terrible après le 7 octobre prochain si, de mésaventure, il perd les élections à venir. Il se désolidarise même des membres de sa propre coalition (lire article infra).

 M. Benkirane va jusqu’à gesticuler : Si je perds les élections, vous perdez, Ô Citoyens, votre liberté/démocratie, semble-t-il dire à tous, ressortant du placard la baguette qu’il croit encore mobilisatrice : ‘’Attention, le PAM (Parti Authenticité et Modernité) revient! Il relance cette recette qui rappelle que ce parti est l’enfant couvé et encensé par Fouad Ali El Himma (proche du roi et son conseiller). Mais cela est illusoire rengaine. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts impénétrables qui auraient dû imbiber le Maroc actuel.

La grève générale a eu lieu. Elle a pu mobiliser beaucoup de monde contre le gouvernement et son chef, malgré la menace de soustraire le pécule de la journée des salaires des fonctionnaires et salariés !

Photo à la Une : Aujourd’hui le Maroc du 24/2/2016


Législatives 2016: Benkirane exclut le RNI de la carte de ses alliances


 

Par Ahmed Adoua, le360

Kiosque360 – Le PJD ne veut plus composer avec le parti de Salaheddine Mezouar. S’il arrive en tête lors des prochaines législatives, le PJD donnera la priorité à l’Istiqlal, au Mouvement populaire et au PPS (Parti du Progrès et du Socialisme) pour constituer le gouvernement.

Benkirane
Abdelilah Benkirane, Chef de gouvernement- Ph Al Akhbar

La sortie fracassante de Salaheddine Mezouar, qui avait tiré à boulets rouge sur le PJD en critiquant sa tendance hégémonique, a poussé le parti du Chef de gouvernement à revoir ses cartes. Le Comité national du parti de la Lampe, réuni le week-end dernier à Rabat, a ainsi mis sur la table des discussions la question des alliances lors des prochaines législatives. Et à l’issue des débats, les frères de Abdelilah Benkirane ont été unanimes: pas d’alliance avec le Rassemblement national des indépendants (RNI).

 

Al Massae, qui rapporte l’information dans son édition du mercredi 24 février, indique donc que le PJD ne veut plus composer avec le parti de la Colombe. S’il arrive en tête lors des prochaines législatives, il compte s’associer à l’Istiqlal, au Mouvement populaire et au PPS pour constituer le gouvernement.

Le journal précise que le parti du Chef de gouvernement est décidé à réitérer l’exploit de 2011 en raflant la mise lors des prochaines législatives. D’ailleurs, une bonne partie de la réunion du Comité national a été consacrée à l’évaluation des dernières élections communales et régionales afin d’en tirer les leçons et rectifier le tir. Sur ce registre, la gestion des alliances au niveau de plusieurs circonscriptions a été sévèrement critiquée par les frères de Benkirane. Ces derniers ne digèrent pas la coalition avec leur « ennemi juré », le PAM, dans certains Conseils municipaux.

Enfin, le journal indique que le parti continuera à miser sur son leader incontesté. Abdelilah Benkirane sera sur tous les fronts lors de la campagne électorale (meetings politiques, défense du bilan gouvernemental…).

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