Ni vision stratégique ni programmes à vue

Le Maroc électoral en marche…

Le Maroc semble, en effet, engagé dans une campagne électorale précoce, à plus de sept mois des législatives prévues pour le 7 octobre 2016. C’est en tous les cas ce qui se dessine derrière les déclarations, aussi contradictoires que rocambolesques, des dirigeants des principaux partis politiques marocains ce dernier week-end.

Najib BENSBIA |  ÉCLAIRAGESLes sorties politiques des dirigeants du Rassemblement National des Indépendants (RNI), du Parti de l’Istiqlal (PI) et du Parti de la Justice et du Développement (PJD), pour ne citer que ces trois formations constituant la machine de tête de la majorité et de l’opposition, sont de bon augure pour l’observateur. Il y a comme un air de divorce total entre les composantes inter-gouvernementales et au sein de l’aille anti-gouvernementale.

Cette pré-campagne nous renvoie à ce qui se passe dans les pays à démocratie avancée, bien qu’il faille relativiser ce concept, à la lumière des régressions qu’a connues l’Europe ces derniers mois. La scène partisane marocaine semble, en effet, mobilisée et proactive, ce qui n’est pas son habitude, sachant que la vie politique nationale ne s’éveille qu’à quelques semaines des opérations électorales. Cela est bien, mais frustrant à la fois.

Les partis politiques versent dans la diatribe, l’invective et la remise en cause des coalitions/alliances

Au lieu de proposer de nouvelles idées, de refaçonner leur discours politique, en l’asseyant sur des schémas directeurs en termes de politique publique, de choix socioéconomiques et d’orientations, les partis politiques qui ‘’comptent’’ dans ce pays versent dans la diatribe, l’invective et la remise en cause de coalitions/alliances aujourd’hui encore en vigueur.

Ainsi, le RNI, pourtant colistier majeur du PJD au gouvernement en exercice, a cru opportun, ce samedi, de dénoncer l’alliance qui l’a portée à l’Exécutif, en affirmant à tout venant que sa présence au gouvernement est une ’coalition gouvernementale, pas une alliance politique’’.

Bein voyons ! Si le parti ‘’bleu’’ est aujourd’hui aux commandes de l’Etat (toute réserve faite par ailleurs sur cela), c’est grâce et par l’intermédiaire d’une alliance politique, laquelle a donné lieu à une coalition gouvernementale. Le Chef du RNI devrait réviser le lexique politique que la première année en sciences po prodigue aux étudiants novices.

Avant-goût de choix politiques partisans farfelus et se moquant de nos rêves de démocratie, de responsabilité et de maturité.

Côté opposition, le PI (qui valse dans son jargon entre le pro et l’anti-gouvernemental, selon l’humeur du boss) a, de son côté, harangué le Chef du gouvernement, lui prêtant la manie de ‘’jouer une pièce théâtrale gouvernementale au lieu de traiter les problèmes auxquels fait face le Maroc’’, rien que ça !

En ligne transversale, le PJD, par la voix de son patron, accuse le RNI d’avoir contracté des alliances, lors des dernières élections, avec des partis de l’opposition.

Un véritable branle-bas de combat électoraliste qui, au fond et sans recul aucun, augure d’une campagne électorale de mauvais relents, annonce l’avant-goût de choix politiques partisans farfelus et se moquant de nos rêves de démocratie, de responsabilité et de maturité.

A cogiter sur ces galimatias électoralistes, le pays est condamné à faire du surplace, sans programmes structurants à comparer par le citoyen-électeur, sans vision stratégique des défis qui obstruent la vue du Maroc en devenir et, surtout, dans l’ignorance manifeste des véritables enjeux qui s’annoncent, dans un monde commandé par la violence, les coalitions fortes et les choix magistraux d’alliance dans la durée.


 Verbatim des principales déclarations du Président du RNI,  réunies par le Huffington Post en date du 15 février 2016 :

“L’actuel gouvernement vit ses derniers mois. Les législatives de l’automne prochain vont générer une  nouvelle majorité“.

“Il y a eu de la part d’une certaine partie [NDLR: le PJD], des velléités hégémoniques et une volonté de commander la prise de décision au sein de notre parti“. [Accusation généralement proférée par le PJD à l’égard du PAM…].

“Nous avons été choqués par l’intrusion d’un discours violent, immoral, qui ne faisait pas partie des mœurs politiques marocaines [allusion aux attaques du PJD contre le RNI].

Le RNI a été accusé de trahison. Un terme qui dans la vie politique marocaine, n’a été utilisé que lors de la lutte anticoloniale, pour distinguer ceux qui étaient avec le Maroc et ceux qui étaient contre le Maroc.


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