Les Iraniennes ne désarment pas

Malgré les blocages institutionnels et religieux

Le respect par l’Iran de l’accord sur la non-prolifération nucléaire entraîne progressivement la levée des sanctions internationales. L’ouverture des échanges et ses répercussions politiques influeront sur les élections législatives prévues fin février. Attentives aux changements, les femmes occupent une place de plus en plus croissante dans la République islamique, tout en scrutant le chemin qui reste à parcourir

.Par Florence Beaugé / Le monde diplomatique / Février 2016

Une grappe d’adolescentes entre en riant dans la rame et s’installe gaiement par terre, faute de sièges libres. Au gré des secousses, leurs voiles glissent sur leurs épaules, découvrant leurs cheveux. Peu importe : ici, il n’y a que des passagères. Dans le métro de Téhéran, inauguré à la fin des années 1990, les voitures de tête et de queue sont réservées aux femmes. Elles y montent « pour être tranquilles », disent-elles. L’atmosphère est détendue. Les autres voitures sont mixtes. Les jeunes couples s’y tiennent par la main, sans problème.

Moderne et propre, le métro de Téhéran permet seul d’échapper aux embouteillages et à la pollution. Pour l’heure, cinq lignes sont en service. Les stations défilent, baptisées des noms de « martyrs » de la guerre contre l’Irak (1980-1988). Voilà vingt-sept ans que le conflit, qui a fait au bas mot un demi-million de morts, s’est achevé, mais le pouvoir n’a pas fini d’en cultiver la mémoire.

Le métro illustre les contradictions de la République islamique. S’y côtoient des tenues élégantes, aux couleurs vives, et d’autres passe-partout, élimées. En moyenne, cinq tchadors noirs et stricts — l’habillement de rigueur des employées de l’administration — pour deux voiles colorés. Pas de figures hermétiquement couvertes. Et puis des scènes inattendues : des marchandes ambulantes proposent soutiens-gorge, petites culottes, sacs à main…

Trente-six ans après la révolution islamique, en dépit d’une législation qui leur accorde moins de droits qu’aux hommes, les femmes jouent un rôle majeur en Iran. Elles se font une place dans tous les secteurs, même si la plupart des hauts postes de l’administration leur sont encore fermés. En vertu d’un hadith (parole de Mahomet) à l’authenticité pourtant contestée, elles ne peuvent pas être juges à part entière ; la possibilité d’interpréter des textes sacrés leur est déniée par une partie du clergé, et cela même si elles accèdent au rang d’ayatollah (le plus haut grade dans le clergé chiite).

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