Exercer la peur en politique

Manipulation & Cie

Les événements qui ont marqué l’actualité française et européenne lors du dernier trimestre de 2015 ont montré de façon on ne peut plus évidente que la peur est une émotion éminemment politique: la peur que les attentats ont suscitée, la peur plus diffuse que les migrations entraînent chez une population fragilisée par les difficultés économiques et sociales, la peur de l’extrémisme, enfin, chez tous ceux qui croient encore que la démocratie et la république constituent le meilleur moyen de vivre en paix.

Catherine Kikuchi et Nonfiction – Source : Slate – 09.01.2016

Les évènements qui ont marqué l’actualité française et européenne lors du dernier trimestre de 2015 ont montré de façon on ne peut plus évidente que la peur est une émotion éminemment politique: la peur que les attentats ont suscitée, la peur plus diffuse que les migrations entraînent chez une population fragilisée par les difficultés économiques et sociales, la peur de l’extrémisme, enfin, chez tous ceux qui croient encore que la démocratie et la république constituent le meilleur moyen de vivre en paix avec les autres et avec soi-même. La lecture de L’Exercice de la peur nous permet d’appréhender de façon plus raisonnée le déferlement d’émotions et de discours passionnels que nous avons eu à subir. Pourtant, cet entretien entre l’historien français Patrick Boucheron et le politologue américain Corey Robin n’a pas eu lieu à chaud, même si une postface a été ajoutée après les attentats de janvier 2015. Cette rencontre se déroulait à Lyon en novembre 2014, dans le cadre du festival «Mode d’emploi» organisé par la Villa Gillet. Un an plus tard, sa portée n’en est que renforcée par les échos incroyablement justes que notre actualité nous renvoie.

Le postulat est simple: la peur est constitutive de l’autorité politique

Ce livre se présente donc comme une réflexion croisée sur «la place de la peur dans le gouvernement des sociétés»(p.9). Le postulat de départ est simple: la peur est constitutive de l’autorité politique. La question n’est pas tant de savoir si la peur est utilisée, mais comment, et dans quel but. En tant que politologue, Renaud Payre présente la discussion entre l’historien du Moyen Âge Patrick Boucheron, récemment élu au Collège de France, et un autre spécialiste de science politique, l’Américain Corey Robin. Les deux hommes se sont illustrés récemment par la publication d’ouvrages traitant de l’usage politique de la peur[1].

Le mélange des disciplines apporte un éclairage bienvenu sur une question qui traverse le gouvernement des hommes. Dans un discours extrêmement riche, les deux interlocuteurs prennent des exemples dans l’histoire récente des États-Unis d’après le 11 septembre ou dans la Sienne communale du XIVe siècle, que Renaud Payre met en perspective, citant notamment La Boétie et son Discours de la servitude volontaire.

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