Maroc – Elections législatives 2016

Le scrutin législatif se tiendra le vendredi 7 octobre 2016 au Maroc, conformément  à l’article 62 de la constitution qui stipule que  »les membres de la Chambre des Représentants sont élus pour cinq ans au suffrage universel direct..

Les élections législatives, qui doivent permettre la formation de la Chambre des Représentants, constituent la deuxième importante échéance électorale à être organisée sous les auspices de la constitution actuelle. Il est à rappeler que les législatives du 25 novembre 2011 avaient fait du PJD (parti d’obédience islamiste) le 1er parti du Maroc et, à ce titre, dirige le gouvernement en exercice.

VOTER, POURQUOI FAIRE ?

Voter est un acte citoyen, cela est l’évidence. Il est, cependant, tout aussi évident qu’un acte votatif doit être conséquent en termes d’efficacité politique. Un vote qui ne donne pas à son auteur la satisfaction de l’acte accompli est inutile. Parce qu’il crée des attentes illusoires et, après coup, corrompt la conviction de changement qui préfigure la décision de vote.

Le Maroc politique est l’un des rares pays d’Afrique et du monde arabe à avoir organisé, de manière régulière et continue dans le temps, des échéances électorales, locales et générales, depuis pratiquement 1963, date des premières législatives qu’a connues le Maroc indépendant. Celles-ci avaient été précédées, en 1961, d’élections communales, mais on peut estimer que le processus électoral marocain a vraiment démarré en 1963, une année après l’adoption de la première constitution en 1962.

Les élections qui viendront après 1963 seront mécaniquement habitées par le souvenir, malmené, des résultats des législatives de cette même année, parce que confinant à la méfiance pour ainsi dire physique du pouvoir monarchique à l’égard du processus électoral dans son ensemble. Ce qui explique tous les tripatouillages et toutes les fraudes qui ont accompagné les échéances électorales marocaines jusqu’en 2002, date des premières élections législatives organisées sous le règne de Mohammed VI.

Il a fallu attendre les opérations électorales de 2003 (communales) et 2007 (législatives) pour tracer les prémisses d’une rupture qualitative par rapport à cette manie frauduleuse qui a fondé le pouvoir d’Etat de Hassan II et de son acolyte à la main tortueuse, Driss Basri, ex-éternel ministre de l’Intérieur de l’époque hassanienne et maître à fabriquer la carte électorale marocaine sur pratiquement 25 années d’hérésie politique !

Le vote, un acte plus citoyen ?

Avec la mort du roi Hassan II et l’éviction par Mohammed VI de Driss Basri des arcanes politiques nationaux, les élections marocaines ont pu sortir de la tentation frauduleuse automatique, pour finalement devenir plus crédibles aux yeux des partis politiques, de gauche comme de droite et, dans une mesure assez réservée, dans la perception qu’a le citoyen de l’élection.

En 2011, en votant conséquemment pour le parti islamiste de l’échiquier partisan marocain, la majorité qui a voté a lancé un déni de confiance aux partis modernistes et de gauche. Car, voter pour le PJD a équivalu à dire NON à la manière dont le multipartisme traditionnel a géré la chose politique, surtout depuis 1977, date des élections générales organisées sous ce qui fut appelé le processus démocratique (1976-1984).

Les élections générales prévues le 7 octobre 2016 sont, en définitive, un véritable test pour tout le monde. Pour le PJD, qui doit savoir si sa gouvernance est encore du goût du Marocain moyen. Des partis historiques, Parti de l’Istiqlal et USFP principalement, qui sauront ce qu’il est advenu de leur identité face à la professionnalisation de la politique  au Maroc et à ses multiples déviations. Un test enfin pour le citoyen, qui aura à dire si le politique marocain est apte à poursuivre la transition politique actuelle dans la pratique consensuelle ou aller vers autre chose.

En tout état de cause, ces élections législatives dessineront la trajectoire que devra prendre le Maroc politique, à un moment où tout est déséquilibre et désarticulation.

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