Revers de l’Histoire

Sept leçons pour la gauche

Les révolutions ressemblent moins à des Escalators sans fin qu’aux vagues qui déferlent sur le rivage. Elles se dressent, avancent, paraissent suspendues dans leur mouvement, puis retombent, avant de se lever à nouveau.

Les étapes de ce mouvement continu dépendent de la vigueur des mobilisations populaires, qui détermineront l’avenir de notre continent. Or les forces progressistes se trouvent confrontées à diverses difficultés qu’il faudra dépasser. J’en identifierai ici sept. La première concerne la démocratie, que notre famille politique a longtemps conçue comme un pont malcommode entre la société actuelle et le socialisme.

La gauche latino-américaine a prouvé qu’une telle vision était erronée : la démocratie ne nous dote pas uniquement d’une méthode, mais aussi du cadre indispensable à la transformation sociale. Les processus révolutionnaires régionaux des dernières années ont pris leur essor à travers le renforcement des capacités d’organisation autonome de la société, à travers la promotion de sa participation et de son investissement dans les affaires collectives. Ce n’est pas un hasard.

Cette conception de la démocratie comme l’espace même de la révolution implique toutefois de la réinventer. Il ne s’agit pas de se contenter d’une conception fossile venue des pays du Nord. Non : la démocratie que nous réinventons en Amérique latine se veut plébéienne, une démocratie de la rue. Au final, le véritable socialisme se caractérise par la radicalisation absolue de la démocratie : sur les lieux de travail, au sein de l’exécutif et du Parlement, dans la vie quotidienne. A défaut d’un tel processus, toute lutte visant à changer le monde, qu’elle passe par les urnes ou par les armes, oscillera entre réformisme et opportunisme.

Extrait de l’article paru dans  »Le monde diplomatique » de janvier 2016, page 17.

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