Les Etats arabes face aux USA et à l’Occident

Sans le comprendre, ou en s’en foutant éperdument, Bush Jr a joué avec l’orgueil arabe et musulman. Or, en détruisant l’Irak, en humiliant son peuple, en disant vulgairement au monde son incapacité à s’opposer au leadership américain, les USA redonnent vigueur à la rue arabe agitée et à l’islamisme récupérateur.

En cela, les Américains atteignent deux cibles conjointes : la nation arabe, en lui faisant vomir ses dirigeants, et les appareils d’Etat arabes en les délégitimant éperdument au regard de leurs propre ego aujourd’hui en défaillance totale…

Le temps des égarés

Un scénaErrancerio biblique : L’Irak n’est plus. Les Etats arabes se démènent comme ils croient pouvoir. En cela, ils gagnent un temps qui est résolument tourné contre eux. Les Etats Unies de la famille Bush se délectent à faire la leçon de la démocratie, des droits de l’Homme et

de la liberté des individus. Pourtant, Guantanamo est là, horrible ! Pourtant, Sharon tire sur les populations civiles à l’insu du droit international humanitaire ! Pourtant, des ‘’soldats’’ américains humilient des prisonniers sur décor de libération yankee !  Dans nos coins égarés, les Arabes que nous sommes crions à la honte, au crime débile, à l’infamie ! Quels échos dans un monde soumis à la domination de l’ignorance.

Le politique arabe contemporain, celui claironné ça et là dans le discours officiel et entre intellectuels ‘’éclairés’’, est ancré dans l’axiome occidental de la modernité. Cet axiome s’articule autour trois leviers fondamentaux: l’esprit scientifique, le rationalisme philosophique et le libéralisme (politique et économique), ce dernier devant être enrôlé dans ce qu’il est convenu d’appeler la démocratie représentative (fondée sur les élections au suffrage universel direct).

Or, bien que copiant (ou mimant) le modèle institutionnel occidental, l’État arabe n’a pu générer ni un esprit scientifique, tourné vers l’innovation et l’industrie des technologies de développement, ni un libéralisme préalable. Quant au système de représentation parlementaire, il est  plutôt une parodie de démocratie qui ne fait sourire plus personne. Quant au rationalisme philosophique, le monde arabe ne peut s’en prévaloir, l’échec de son projet de libération étant patent, la pensée moderniste peinant à être reflétée dans les attentes des masses populaires, soumises à l’appauvrissement et à l’indigence politiques, alors que les tentatives socialisantes, qui auraient pu prendre le flambeau de la libération de l’Homme arabe, ont toutes tourné court, en se travestissant soit en dictature militaire à peine voilée (avec des présidents de république héréditaires), soit en farces à l’Ionesco…

Ainsi, face à l’autocratisme du régime et au totalitarisme du chef, d’une part, à l’échec du projet d’unité nationale panarabe, d’autre part, le monde arabe a essuyé plusieurs défaites, dont la destruction de l’Irak et l’humiliation de son peuple sont de sournoise portée. Dans ce contexte général, l’Etat arabe  n’a pu relever le défi ni de la démocratie ni de la prospérité, et moins encore celui de la renaissance et de l’émancipation des larves archaïques du passé sodomisant. Comme cela n’est pas suffisant, en interne, et parfaitement éloquent en externe, les USA de bush et Cie font la leçon aux Arabes ; ‘’Grand Moyen Orient’’ par-ci, ‘’Pacte de développement, de modernité et de réforme’’ par-là…

Ainsi donc, entre des officiels arabes incapable de se rénover, en laissant le choix démocratique organiser les relations de pouvoir, et un Occident arrogant et faisant la leçon de la modernité magistrale, les Arabes, tous les arabes – qui ne se retrouvent plus depuis belle lurette dans la conception unioniste panarabe – ne se reconnaissant point dans les illusions modernistes d’intellectuels nationalistes soufflant la liberté de pensée et d’expression, subissent avec révolte l’état sauvage auquel a mené le système des relations internationales commandé par les fous de Washington.

La rue au-dessus de l’Etat

En effet, bien qu’étalé sur un espace territorial continu, du Maghreb à l’Asie, le monde arabe est un conglomérat paradoxal d’ambitions individualistes réfrénées, de choix politiques exclusifs et de prétentions culturelles narcissiques. Le système d’Etat arabe est à mille lumières de qui se pratique dans l’Occident-américain. Il en est même l’antinomie suprême ! De ce fait, c’est la rue arabe qui a pris le flambeau de la libération arabe.

En Irak, en ces temps-ci, en Palestine hier, partout à travers l’Univers dans un temps très proche, les peuples arabes se soulèvent contre l’oppression américano-occidentale et en appellent à la violence armée contre l’agresseur. En applaudissant déjà à l’invasion irakienne du Koweït (1990), la rue arabe acclamait en fait l’affrontement avec l’impérialisme américain, qui a fait de la région du Golfe sa chasse gardée et un Eden prospectif de la société de consommation. Cette rue, dans son inconscient le plus chimérique, souscrit à la guerre totale, civilisationnelle, contre le nouvel impérialisme qui a fait de l’ONU son cheval de recolonisation symbolique, et de l’Arabe le dindon de la farce ‘’démocratie-respect des droits de l’homme’’ à tout venant.

Or, comme dans un drame antique, avec la tragédie irakienne, c’est tout le politique arabe qui vit au trépas du courage et de l’affrontement libérateur. L’intermède irakien est aujourd’hui perçu par la plupart des dirigeants arabes sous l’angle de l’autoconservation, chaque État s’étant senti comme menacé dans son corps subjectif. La ‘’menace’’ a fait tâche d’huile dans l’ego du directoire arabe. Chaque régime s’est vu envahi dans ses frontières, surtout ces micro-États dont le tracé territorial a été tissé de la main coloniale.

Depuis 2002, Le politique arabe se cantonne dans l’auto-flagellation impromptue. Or, la flagellation du politique arabe n’est pas à chercher dans le propre de l’adhésion guerrière contre l’Irak, mais plutôt dans le divorce immédiat constaté entre la rue, l’opinion publique arabe et les dirigeants de ce monde qui parle la même langue et consomme la même éthique religieuse, l’Islam. L’effervescence de la rue dans les principales villes arabes a d’ailleurs constitué une menace permanente à l’hégémonie américaine. C’est pourquoi, l’opinion publique arabe a saisi l’événement de l’agression contre l’Irak pour dire son rejet de la politique intérieure, en la redimensionnant sur le plan du nationalisme panarabe. Les manifestations de la rue dans toutes les capitales arabes signifient/visent tout autant la stigmatisation des régimes politiques intérieurs qu’une révolte contre l’agresseur impérialiste américano-européen.

On a vu ce qu’a fait la manipulation islamiste de cette rue giclant l’anti-américanisme primaire. L’Arabe citoyen en paie actuellement le prix là où il se trouve en territoire étranger. La guerre USA/ONU/Irak (1990-2002) a donc fourni l’illustre occasion de mesurer, à sa juste valeur, l’indigence du politique officiel arabe, orienté sur l’instinct primaire de la peur occidentale (au sens large), d’une part, et de l’incapacité à saisir la dimension historique du soulèvement de la rue contre une agression qui s’assimile à la mise à mort du panarabisme, d’autre part. Car, dans son fondement et dans la conscience arabe et islamique pure, la destruction de l’Irak porte en ses différentes particules la mise à mort de l’identité arabe. Elle constitue, de ce fait, la soumission totale du destin arabe à la volonté de puissance étrangère (au sens philosophique, culturel et politique). L’opinion publique arabe s’en est trouvé, là aussi, mille lieux en avance sur le politique officiel arabe. Le danger de cette attitude est aujourd’hui confirmé. Il est dans le sursaut de la dignité, face à ce qui s’assimile à une guerre frontale de civilisations/religions.

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