Femme et politique

Sommes-nous tous des citoyens à part entière ? Interrogation sacerdotale. Sommes-nous tous des Marocains à part entière ? Interpellation arrogante !

Pourtant, en politique comme ailleurs dans les branches de la haute décision, la femme marocaine est astreinte et confrontée à cette interrogation blessante. Parce qu’elle est en bute à bien des amalgames et à une perception primaire de et dans son genre.

Chaque être vivant sur cette terre qui est la nôtre s’est trouvé, toutes les fois qu’il est en face d’un problème social qui hante sa mémoire active, ébranlé par cette question lancinante de savoir si le Maroc, en tant que société culturellement et identitairement composite, se gère comme société composée d’individus solidaires les uns vis-à-vis des autres. Car, finalement, ce qui marque les individus, c’est bien cette appréhension qu’ils ont de leur environnement et des liens qui tissent et fondent leurs relations.

Politique médiévale

La chaise videPar-delà la compartimentation naturelle de la Communauté en femmes et en hommes, chacun ayant une mission à remplir dans le processus de la vie, il est bien clair qu’il faut être deux pour donner à la société son identité naturelle. Et, sans remonter les dédales de la préhistoire humaine, la femme et l’homme ont cohabité, dans le pire mais surtout pour le meilleur. Les inégalités dans la vie ont cependant consacré des acquis draconiens pour l’un et de frustrations multiples pour l’autre. En politique, ces inégalités sont honteuses. Et, en cela, elles consacrent la volonté médiévale de voir la femme une éternelle suivante du macho.

Il est d’évidence que la nature est fondée sur la force. Celle-ci a toujours été le moteur de l’histoire. Cela n’a pas changé. Mais l’intelligence humaine a voulu que là où la femme est élevée au plus haut niveau de la responsabilité, la société a vaincu le désespoir, l’humiliation, la pauvreté et l’ignorance.

Certes, tout comme l’intelligence, les croyances bâtissent des remparts que la société érige en tabous. Par calcul clanique, par raison dominatrice, les croyances donnent à l’homme (le masculin) les moyens de sa prégnance sur le reste de la Communauté. Dans le cas du Maroc, les croyances populaires et religieuses ont cantonné la femme dans le rang de permanente seconde. Cela se vérifie au plus haut somment de la Communauté marocaine.

C’est en ce sens que la sortie publique, en son temps, de l’épouse du roi Mohammed VI a été un fait de haute importance qui a marqué le conscient collectif marocain. Dans sa longue histoire en effet, la femme du monarque marocain a toujours été une femme invisible. Le gouvernement marocain, jusqu’à la veille du 14 mars 1998 (date de consécration du 1er gouvernement à dominante de gauche), était misogyne. De tout temps dans l’octroi des hauts postes de l’Administration nationale, les femmes briguant les postes de direction sont peu nombreuse, voire indigente. Certes, cela change, mais le chemin reste laborieux.

Comment s’expliquer cette indigence, alors que la société marocaine est en avance sur de nombreux fronts dans le peloton des pays arabes, musulmans et africains ?

Schizophrénie frénétique

Si, dans les actes de la quotidienneté sociale, les deux sexes vivent en harmonie plus ou moins apparente, en matière politique, le Maroc vit une schizophrénie certaine. Car, non seulement il renie ce qu’il pratique volontairement dans sa vie de tous les jours. Pis, là où il est question de devenir étatique, de législation originaire et de compartimentation des clefs de la décision de dernière instance, la femme est, sinon absente, du moins flouée dans ce rôle d’observatrice de bonne espérance. Pourtant, la revendication historique de la Marocaine est simple: mettre en œuvre et consacrer le dispositif normatif de la constitution marocaine, qui prévoit un droit politique égal à l’homme et à la femme dans ce Maroc moderne.

Aujourd’hui, à l’orée de cette éternelle croisée politique des chemins marocains, il semble que la volonté égalitariste veille l’emporter sur le caprice sexiste. Dans la différence sociétale certes (nous sommes un pays à religion d’Etat), mais en phase avec les défis de la civilisation universelle. En ce sens, la constitution de 2011 ouvre une large et agréable brèche dans le processus politique marocain.

Il est aujourd’hui notoire, en effet, de voir la communauté politique nationale céder une place de plus en plus importante, en quantité surtout, à sa partenaire. Car, finalement, tout est question de volonté. D’où cet espoir, à l’orée des élections législatives 2016, de voir la représentativité féminine au parlement plus significative, moins démagogique et utilement prégnante.

Ce n’est là, on le sait, qu’un premier pas sur le chemin tortueux de la véritable libération de la femme marocaine.

Le quota n’est certes pas une formule réellement démocratique dans l’absolu, mais cela oblige la société à se regarder dans les yeux et à s’absoudre dans l’égalité des moyens, sinon des fins.

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Slate.fr – 14.01.2016 

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